Aichatou, Infirmière et ASC -Niger

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« « Ça me plaît de soigner un malade qui souffre, j’ai plaisir à l’aider à se rétablir » »

Aichatou Daouda, 39 ans et maman d’un enfant, est infirmière de carrière. En 2010, elle a reçu une formation de suivi de la mère et du nouveau-né au niveau communautaire et depuis deux ans, elle est agent de santé communautaire et responsable de la Case de Santé de Koulou Koira, un village situé à 16 km de Niamey, capitale du Niger.

Les Cases de Santé sont implantées dans des villages dépourvus de Centre de santé, elles sont donc essentielles à la délivrance de soins de proximité. Tout d’abord, Aichatou a fait un relevé de toutes les femmes en âge de se reproduire (15-45 ans) ; puis, elle a inscrit sur une liste toutes les femmes enceintes pour fixer un calendrier de « visites à domicile (VAD) : trois pour les femmes enceintes et trois pour les femmes à accoucher, qui nous permettent de faire les consultations pré et postnatales à ces femmes ». Ces registres lui permettent également de contrôler le nombre de femmes qui devrait accoucher à la Case de Santé et le nombre de nouveau-nés.

 

Aichatou_5Contrairement à beaucoup de ses patientes, Aichatou n’a pas le visage encadré par un voile, mais ne porte qu’une sorte de turban qui se marie avec l’imprimé à fleurs de sa robe qu’elle porte sous sa blouse. En tant qu’agent de santé communautaire, Aichatou profite des visites à domicile pour « dépister les différents signes de maladie, conseiller les mères sur les soins de santé et d’hygiène (mères et bébés) et promouvoir l’adoption de Pratiques Familiales Essentielles (PFE) ».

« Depuis que j’ai accouché, il y a 2 jours, l’agent de santé communautaire est passé me voir », nous raconte Latifa, 17 ans, patiente d’Aichatou. « Elle a fait les premiers soins, elle m’a informée et donné des conseils sur les Pratiques Familiales Essentielles : comment m’occuper de mon enfant, comment la nourrir au sein et comment faire sa toilette et la mienne ».

La diffusion des Pratiques Familiales Essentielles (PFE) est une des priorités stratégiques du Fonds Français Muskoka (FFM) au Niger. Elles sont au nombre de 8 et vont de l’allaitement maternel exclusif jusqu’au plan de vaccination, en passant par l’utilisation de moustiquaires imprégnées d’insecticide pour combattre le paludisme, le repérage des symptômes de trois maladies (paludisme, diarrhée et pneumonie), le lavage des mains à des moments critiques, l’espacement des naissances, entre autres.

L’objectif est de contribuer à une amélioration de la santé maternelle et infantile dans un pays où le taux de fertilité est le plus élevé au monde (7,6 enfants par femme). La stratégie passe par une réduction des accouchements à domicile et la promotion de l’utilisation des services de santé – notamment dans les zones rurales, où les taux de fécondité sont plus grands et où les croyances et les normes socioculturelles en limitent l’accès.

Latifa ne sait pas encore combien de fois elle recevra la visite d’Aichatou, mais depuis la césarienne, qui lui a permis de mettre au monde le bébé qu’elle tient dans ses bras, – un privilège dans un pays où seulement 2% des accouchements se font selon cette technique – elle a déjà bénéficié de deux visites à domicile. « Je conseille à toutes les mères de mettre en pratique tous les conseils qu’elle nous donne pour notre bien-être et celui de nos enfants. Ça nous évite d’aller tout le temps au centre de santé », explique-t-elle.

Tout en réduisant la morbidité et la mortalité, l’adoption des PFE évite de nombreux déplacements, facteur à prendre en compte dans un pays extrêmement chaud et désertique, où 8 habitants sur 10 vivent en milieu rural. Les voies de communication précaires supportent également la pression des migrations et des menaces comme le terrorisme et le trafic d’armes.

Aichatou_12Récemment, pour aider les agents de santé à atteindre les communautés les plus reculées, le Fonds Français Muskoka a attribué des motos à 13 Cases de Santé dans les districts sanitaires du Sud-ouest du pays. Dans un contexte d’énormes carences, les motos peuvent paraître presque une frivolité, mais l’essor des soins de santé a un effet domino sur les indicateurs. En effet, la combinaison de plusieurs mesures a permis que le Niger atteigne, au cours de l’année 2015, le 4ème des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD): la réduction des deux tiers ou plus de la mortalité infantile (moins de 5 ans), entre 1990 et 2015.

Avec un air de « devoir accompli », Aichatou ajuste son foulard et ébauche un sourire. Elle remercie les partenaires de sa formation et les moyens mis à disposition, mais à l’avenir, elle espère obtenir une aide pour ses déplacements. « Avec nos maigres revenus on ne peut pas se déplacer de 5 à 8 km, mettre du carburant pour aller faire les visites à domicile à ces femmes », proteste-t-elle.

La vision de cette infirmière reconvertie en agent de santé local, va cependant plus loin. « Le message que je lance aux autorités est de faire la mise à l’échelle », propose-t-elle. « Ça permet à d’autres de prendre en charge, comme on le fait à notre niveau, les mamans et les nouveau-nés. Et ça réduit le taux de mortalité qu’on est en train d’effectuer au Niger ».