PORTRAITS

Annick Nonohou 

J’ai obtenu une maîtrise en droit public et suis juriste de droit public. Je suis devenue sage-femme par conviction religieuse et vocation.

J’ai toujours eu envie de servir mon prochain. J’ai eu à constater des violences envers les femmes. Aussi je me suis dit qu’en étant sage-femme et avec une formation en droit, je pourrais lutter et éliminer les violences faites aux patientes. C’est mon combat.

J’ai été témoin plusieurs fois dans le cadre de ma profession de différents types de violences verbales et sociales à l’encontre des femmes : éloignement de la famille qu’on interdit d’accès à la salle d’accouchement, les cuisses de la femme et écartées de force, des violences ‘’financières’’ à travers des rançonnements, des ventes illicites de médicaments, des ordonnances exorbitantes, des bilans paramédicaux non nécessaires. Ce sont des pratiques courantes contre lesquelles nous luttons par des sensibilisations, des formations, des émissions radios, des jeux de rôles. Afin d’améliorer la situation, je liste les difficultés et je fais des propositions. Les violences créent les premiers retards de soins.

En tant que sage-femme, en respectant les exigences légales et règlementaires, dans le respect des normes, nous avons le devoir d’éveil de la conscience professionnelle. La sage-femme est un acteur incontournable ; elle a une fonction divine, médicale, sociale, administrative, scientifique, juridique, d’encadrement, de management.

Il y a encore tant à améliorer : la supervision formative des pairs ; la transmission d’une sage-femme expérimentée à une jeune sage-femme ; la vulgarisation et la sensibilisation des droits des patientes ; la formation continue de toutes les sages-femmes en activités.

Très importants aussi les partages d’expériences lors des congrès, des ateliers, la diffusion des bonnes pratiques, la réalisation des émissions télévisuelle et radio, la création d’organisations socio professionnelles pour ne pas travailler dans seul dans son coin.

Je prends à cœur mon rôle de défenseur et de protecteur des droits des patients et des naissants. Je lutte tous les jours pour que les patients connaissent leurs droits et qu’ils soient respectés, je fais des communications dans la sous-région sur les violences, je participe à des émissions radio et télé, j’organise des causeries avec les femmes.

Je prône le concept d’accouchement humanisé. J’exige des consultations de 40 min au lieu de 10 min. afin de pouvoir échanger avec la femme et la prendre en charge dans sa globalité, la préparer le mieux possible à la naissance à la parentalité. Je recommande que la consultation ait lieu en la présence du mari s’il est là et si la femme accepte.

Ce combat n’est pas facile. J’ai connu une période très difficile, liée à la protection des droits des patients. Des collègues ont cotisé pour qu’on m’élimine. J’ai reçu des menaces de mort. J’ai vécu dans une insécurité totale. On m’accusait d’être trop rigoureuse et surtout d’une surveillance de trop près. Il a fallu que je m’éloigne. C’était en mars 2012.

Cependant, j’ai tenu bon, et aujourd’hui je dirais qu’au niveau de l’hôpital dans lequel j’exerce, le chemin n’est plus long. J’ai l’appui de mon directeur et des autorités administratives. Et ma grande fierté, ma distinction et ma nomination au poste de surveillante générale. »

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF