PORTRAITS

Arezouma Bilante – Togo

Cela fait 25 ans que je suis sage-femme. Aujourd’hui j’exerce dans la santé publique à la direction régionale de la santé de la Savane.

 

Ma grand-mère était une accoucheuse traditionnelle. Aussi c’est tout naturellement que j’ai suivi ses pas.

Pour aider mes collègues, je dois suivre un système de coach et descendre sur le terrain pour superviser les jeunes sages-femmes. Il faut qu’après la formation de base, il y ait une formation continue. Au Togo c’est le cas car il y les SONU et une formation continue des prestataires sur les sites.

La sage-femme est confrontée à tous les problèmes de la vie quotidienne. En plus de devoir en tant que femme s’occuper de la maison et de ses enfants, elle a deux vies à sauver, celle de la mère et de l’enfant. Elle est en stress permanent car elle a le souci de sauver.

Aujourd’hui, nous rencontrons un problème de pénurie de sages-femmes, surtout dans les zones périphériques et reculées.

Mon message à l’encontre des autorités mais aussi de mes sœurs serait que dès la sortie de l’école, les sages-femmes aillent directement à la périphérie avant de revenir au niveau central. Seulement, pour ce faire, il faudrait un minimum de motivation comme une prime d’éloignement et la garantie d’un logement décent.

L’expérience la plus dure que j’ai vécue est la perte d’une femme qui avait été référée pour hémorragie de la délivrance. Malheureusement, nous n’avons pas pu la sauver car nous avions les compétences mais pas le matériel, nous n’avions pas de bloc opératoire. Quant aux parents, ils n’avaient pas les moyens pour une deuxième référence. Elle est morte en chemin. C’était en 1993.

La plus grande joie, je l’ai éprouvé lorsque j’ai pu suivre jusqu’à son terme une grossesse avec cerclage et aider cette femme à avoir son enfant après 10 grossesses sans succès. Elle faisait des avortements tardifs.

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF