Awala-Togo

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«  Une famille unie face à la tragédie »

« Ma maman est décédée le 14 mai 2015, suite à l’accouchement », raconte avec tristesse Mawoupeno Awala. Son père Yao Awala est veuf et a préféré ne pas nous parler, mais il ne perd pas un mot de l’histoire racontée par sa fille aînée.

Nous sommes reçus par Yao et Mawoupeno dans la cour de leur maison, une structure en adobe sans vitres aux fenêtres ni portes aux ouvertures. Autour de nous, assis sur des pierres ou jouant, se trouvent les 6 frères et sœurs de Mawoupeno. Il y a des cabris et des animaux en liberté et, entre deux arbres, un fil à étendre le linge improvisé.

Trois generations de la famille Awala


Trois generations de la famille Awala

Yao est agriculteur et habite avec sa famille à Hahotoé, une localité qui n’a été branchée au réseau électrique que très récemment, bien que proche de la capitale (située à 45 km de Lomé) et bien qu’elle soit un des principaux sites d’exploitation de phosphates – le pétrole du Togo.

Mawoupeno nous explique les conditions du décès de sa mère. « Nous nous sommes rendus au centre de santé non agréé, quand ma maman a ressenti les premières contractions ». L’accoucheuse responsable ne se trouvait pas dans le centre et les premiers soins ont été délivrés par une stagiaire et par une amie de l’accoucheuse.

« La responsable a fini par arriver », poursuit Mawoupeno. « Après un temps, l’accoucheuse est sortie de la salle d’accouchement et je lui ai demandé si l’enfant était né, si ma maman avait accouché. Elle m’a dit oui ».

Mais la situation s’est compliquée – « L’enfant n’a pas crié » –  puis, Mawoupeno et son père ont vu sortir l’accoucheuse de la salle d’accouchement, « elle est ressortie avec un seau rempli de sang ». Quand le père de Mawoupeno a eu la confirmation que le sang appartenait bien à son épouse, il a voulu l’emmener à l’hôpital de Vogan, mais l’accoucheuse a refusé en invoquant qu’elle était capable de contrôler la situation.

 

Pendant que le père et la grand-mère se préparaient à emmener sa mère à l’hôpital, Mawoupeno attendait impatiemment près de la salle d’accouchement, quand la sage-femme est finalement sortie de la salle et lui a dit « Maintenant je suis fatiguée, je suis dépassée. Je ne sais plus ce que je peux faire », nous rapporte Mawoupeno le regard abattu.

« Si je pouvais revenir en arrière, je l’aurais emmenée dans un centre agréé, là où le personnel soignant a été formé pour pouvoir soigner et sauver des femmes et des enfants », admet Mawoupeno. Quand nous l’interrogeons sur la raison pour laquelle ils ne l’ont pas fait, elle répond : « C’est notre grand-mère qui nous a demandé d’emmener notre maman dans ce centre non agréé, parce-que c’est une connaissance qui est là-bas ».

École de Santé


École de Santé

Le taux de mortalité maternelle en Afrique subsaharienne est le plus élevé du monde. Au Togo, un peu plus de la moitié des accouchements (59%) sont assistés par du personnel dûment qualifié mais les hémorragies – avec les infections, éclampsies et autres complications – sont encore une des principales causes des décès maternels.

Bien que le risque pour une femme de mourir au cours de sa vie d’une complication liée à la grossesse ou à l’accouchement a baissé de manière significative cette dernière décennie, il reste encore trop élevé. Il est de 1/46 au Togo, 1/15 au Tchad, contre 1/6100 en France.

Depuis la mise en route des programmes de santé pour les mères et les enfants auxquels le Fonds Français Muskoka contribue depuis 2011, il y a eu une réduction substantielle du nombre des décès maternels au Togo. Le taux de mortalité maternel est passé de 470 à 400 décès pour 100.000 naissances vivantes entre 1998 et 2013.

Les défis pour les prochaines années sont définis par une stratégie de surveillance continue qui met l’accent sur la prévention et la qualification de professionnels de santé, mais qui devra également affronter un obstacle redoutable : la forte croissance démographique qui ne fait qu’augmenter le besoin de ressources humaines en santé.