Azinza, 12 ans-Togo

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«  Azinza, victime de viol »

Azinza (prénom fictif qui signifie « Sirène » en togolais) a 12 ans et aime les études. Même pendant les vacances, elle passe des heures d’affilée à écrire et à faire du calcul pour atteindre un objectif précis : devenir « directrice d’une banque » quand elle sera grande.

« Je n’ai pas l’habitude de m’amuser,  mes jeux ont toujours à voir avec mes études. Je ne m’intéresse qu’à mes cahiers, et à rien d’autre ».

Têvi Elom Lawson-Lartego. Coordinateur du Centre de Développement des Enfants (CDE)

Têvi Elom Lawson-Lartego. Coordinateur du Centre de Développement des Enfants (CDE)

Têvi  Elom, tuteur d’Azinza au Centre de Développement des Enfants (CDE), dit qu’elle est une petite fille « très intelligente » et croit en elle au point de promettre qu’elle sera une femme « solide ». Néanmoins avant, elle devra surmonter un traumatisme : Azinza a été violée par un proche du compagnon de sa mère, quand elle avait 11 ans.

Accompagnée par sa mère et suivie par une équipe du CDE, spécialisée dans les cas d’abus sur mineurs, Azinza a été admise à l’Hôpital de Vogan, petite ville à 45 km de Lomé, capitale du Togo. Les examens médicaux ont confirmé les abus et postérieurement la Police a arrêté l’auteur présumé du crime – une situation exceptionnelle dans un pays où la majeure partie des cas de violence sur mineurs est impunie.

Vogan compte environ mille habitants. Les maisons sont en argile rouge, avec des toits de chaume, et les routes sont en terre battue. Beaucoup de personnes n’ont pas accès aux sanitaires  et l’eau potable est rare. Le viol a eu lieu précisément quand Azinza revenait du puits.

Lorsque, deux jours après, elle est retournée à l’école, le directeur a demandé à la jeune écolière le motif de son absence. Azinza nous a confié : « Je n’ai pas eu le courage de le lui dire ». Elle a fini par le raconter à une amie intime en qui elle avait confiance.

De nouveaux examens ont révélé, entretemps, qu’elle n’avait été infectée par aucune maladie. Avec le soutien du Centre de Développement des Enfants – institution orientant plus de 230 enfants et jeunes entre 3 et 22 ans – Azinza a commencé à être suivie une fois par semaine par un psychologue de l’Hôpital de Vogan. « Maintenant, je me sens un peu mieux », se confie-t-elle.

« Nous avons décidé de faire appel à un psychologue dans le cas d’Azinza pour qu’elle puisse retrouver une vie normale, car elle a été très affectée », confirme Têvi Elom. En plus de devoir surmonter un traumatisme, la petite fille doit affronter d’autres défis comme le fait de vivre pratiquement isolée dans un lieu désert.

Azinza_4Vogan se trouve au sud du Togo, en Maritime – région la plus développée d’un pays où la pauvreté affecte presque deux tiers de la population (59 %). Le marché de la ville est un miroir de l’économie locale, essentiellement agricole : coton, café et cacao, constituant encore la plus grande source de recettes pour les Togolais, prédominent dans un paysage où abondent également les fruits tropicaux, les épices, le poisson séché et les petits animaux domestiques.

Les nombreuses difficultés qu’elle affronte quotidiennement ne détournent pas la jeune écolière de son objectif : diriger un établissement financier. « J’aimerais que ces personnes n’abusent pas de nous, qu’elles arrêtent de le faire, pour que nous puissions aller à l’école et devenir de grandes personnes capables,  à l’avenir, d’aider d’autres jeunes ».

Depuis la création du Fonds Français Muskoka, en 2010, plus de 260 femmes et petites filles togolaises ont reçu une assistance juridique et sociale pour lutter contre différentes formes de violence. Le tuteur d’Azinza lance un appel pour que les viols ne restent pas impunis et affirme que « le suivi des victimes doit être une priorité » de la société civile et des autorités togolaises. « Nous devons travailler ensemble pour prévenir et remédier à ces crimes », conclut-il.