18 août 2017 Juliette

L’Afrique face à sa démographie

Jeune Afrique

Cette tribune est cosignée par Hans Groth, médecin, président du World Demographic & Ageing Forum, à St. Gallen, en Suisse. *

La population de l’Afrique sera au cœur des enjeux mondiaux de développement au 21e siècle. Les Africains au Sud du Sahara passeront de un milliard aujourd’hui à plus de deux milliards en 2050 et peut-être quatre milliards en 2100. Selon les Nations unies, ils représenteraient alors 36 pour cent de la population de la planète, au lieu de 13 pour cent en 2017.

La raison de cette évolution est la baisse rapide de la mortalité, surtout infantile et juvénile, bien que son niveau y soit encore trop élevé. En revanche, la fécondité (cinq enfants par femme en moyenne) ne fléchit que lentement. Étant donné que les Africains vivent plus longtemps et que la fécondité reste élevée, la population connaît une expansion sans précédent.

La répartition par âge de la population va changer aussi durant la transition démographique. En supposant que la baisse de fécondité soit plus rapide, les adultes actifs deviendront plus nombreux. Ces actifs auront moins de jeunes à charge et ils pourront mieux les préparer à la vie active. Moyennant l’accès à l’emploi rémunéré, ces actifs pourront aussi créer un surplus économique. C’est ce qu’on a appelé le dividende démographique, dont plusieurs pays, asiatiques entre autres, ont déjà bénéficié.

Pour obtenir un dividende démographique, il est indispensable que le continent réalise sa révolution contraceptive

La grande question est donc celle de la baisse rapide de la fécondité pour favoriser la formation du capital humain (éducation et santé). Pour obtenir un dividende démographique, il est indispensable que la fécondité baisse beaucoup plus vite et que le continent réalise sa révolution contraceptive, quand au moins 75 pour cent des couples utilisent une méthode moderne de contraception (ce taux est de 26 pour cent seulement en Afrique subsaharienne).

C’est autour de la baisse rapide de la fécondité que se situe le débat sur le développement. Deux camps s’opposent : les économistes et « développementalistes » et les partisans de la planification familiale. Les premiers estiment que la baisse de fécondité interviendra grâce aux seuls progrès économiques et sociaux, dont la scolarisation des jeunes filles. Pour les autres, il est urgent d’agir directement sur la fécondité en organisant des programmes de planification familiale plus efficaces.

L’extension de l’offre de planification familiale ne sera pas suffisante

Dans ce débat, le leadership africain, souvent mal informé sur les questions démographiques, est resté ambivalent. Son rôle sera cependant crucial à l’avenir, car il faudra mettre en place des politiques efficaces pour faire baisser la fécondité. L’extension de l’offre de planification familiale ne sera pas suffisante. Il conviendra aussi de créer une demande plus forte pour une taille familiale réduite sans oublier les politiques sectorielles complémentaires.

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