Djémilaton, sage-femme -Togo

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« La machine qui tire les bébés »

Djémilaton Ibrahim se souvient encore de la date exacte : c’était dans la nuit du 4 août. Elle était en train de dormir et on est venu la réveiller parce qu’il y avait une parturiente avec une dilatation déjà complète. La tête du bébé était visible et la mère n’avait pas de forces pour continuer. « La femme disait – oh, je vais perdre mon enfant. Je lui ai dit – vous n’allez pas perdre votre enfant, parce-que le matériel, qui va vous aider à faire sortir votre enfant sans que vous ne fassiez d’effort, est là ».

La parturiente a eu de la chance car la sage-femme venait de terminer une formation de soins obstétricaux d’urgence et de réanimation du nouveau-né deux semaines auparavant. Ces cours lui ont permis d’acquérir de nouvelles connaissances et des techniques pour réanimer les nouveau-nés, mais surtout de découvrir un outil « qui fait des merveilles » : la ventouse.

 

Djémilaton fait la démonstration de l'utilisation de la ventouse

Djémilaton fait la démonstration de l’utilisation de la ventouse

 

Appliquée sur la tête du bébé, cet instrument aide la femme lors de l’accouchement dans la phase finale d’expulsion du bébé. « Effectivement, on a appliqué la ventouse, on a fait sortir l’enfant », continue-t-elle. « La maman a versé des larmes de joie. Elle était très contente, très étonnée ».

 

Depuis deux ans, Djémilaton coordonne la maternité de Gando, au Nord du Togo. Dans cette région de plaines et de savanes au climat sahélien, le taux de mortalité infantile est le plus élevé du pays. Les accouchements dans des structures de santé (53 %) et les accouchements assistés par un personnel spécialisé (36 %) affichent des taux en dessous de la moyenne nationale, mais ces dernières années, il y a eu un renforcement à plusieurs niveaux : équipements, matériels, médicaments et autres soutiens, en particulier la formation de personnel spécialisé en soins obstétricaux et néonatals d’urgence (SONU). En 2014, 30 000 accouchements assistés ont été réalisés dans les 23 unités de santé rendues opérationnelles  grâce au soutien du  Fonds Français Muskoka au Togo (10 % des accouchements assistés dans tout le pays).

« La sage-femme joue un rôle très important pour la santé de la mère et de l’enfant » souligne Djémilaton, avant d’énumérer les différentes domaines et phases de son activité professionnelle : en théorie, le travail de la sage-femme comprend le suivi du « début de la conception jusqu’à l’accouchement » mais, en pratique, il se prolonge avec des conseils divers et variés aux mères, tout particulièrement sur l’allaitement maternel exclusif jusqu’à six mois et le respect recommandé d’une durée de deux ans entre les grossesses.

La sage-femme de la maternité de Gando a comme collaboratrices deux « matrones » et une « accoucheuse ». Depuis qu’elles mettent en application avec succès les nouveaux soins obstétricaux pour lesquels elles ont été formées, elles doivent faire face à une moyenne de 45 accouchements par mois contre une trentaine par le passé. « La première application de la ventouse chez ma première parturiente a fait écho dans tout le village. Ça les a même mobilisées à venir voir ce qui tire le bébé, les femmes veulent voir «la machine qui tire les bébés» », nous raconte-t-elle en souriant.

Salle d'attente de la Maternité du CMS Gando

Salle d’attente de la Maternité du CMS Gando

 

L’augmentation du nombre d’accouchements est un motif de satisfaction pour Djélamiton, mais ce n’est pas le seul. « Ils nous ont sauvées lors de la formation » nous explique-t-elle à l’entrée de la maternité de Gando, sous un auvent aux couleurs vives décoré avec des affiches sur la santé maternelle et infantile.

 

Avant de recevoir une formation « en situation réelle », comme elle tient à le souligner, elle a eu entre ses mains un bébé qui ne respirait pas bien. « J’ai dit: on va l’évacuer vers le Centre Hospitalier Préfectoral de Mango [ville la plus proche] et, au carrefour, le bébé était décédé. Ça m’a vraiment marquée négativement », raconte-elle avec tristesse.

Ensuite, elle nous rapporte une autre histoire concernant un bébé rencontrant lui aussi des difficultés respiratoires. A la différence que cette fois, la fin est heureuse « avec le matériel offert lors de la formation de la réanimation du nouveau né, on a pu sauver le bébé. On lui a donné le nom de Djémilaton comme c’est Djémilaton qui l’a sauvée ».

Djémilaton parle avec nous mais elle est impatiente de retourner à son travail – à tel point que durant notre discussion, elle n’enlève pas sa blouse blanche ni sa toque verte jetable, ni même pour la photo. Avant de prendre congé, la sage-femme et mère de famille dit en souriant : « Si je vois venir un bébé au monde en très bonne santé, ça me rend très joyeuse. C’est pourquoi j’ai choisi ce métier ».