20 avril 2016 nexizeteam

Guinée : les femmes et les enfants, victimes collatérales d’Ebola

Le Monde Afrique

Au cours de sa vie, c’est une femme sur 26 qui risque de mourir en couche.

« La dernière fois que j’ai accouché à la maison, j’ai eu une tension du placenta. J’ai tellement saigné que j’ai failli perdre la vie », raconte Mariama, 35 ans, allongée à côté de son enfant, né il y a quelques minutes. Affaiblie par le travail, elle doit forcer sur sa voix pour couvrir les pleurs du nouveau-né : « C’est mon septième enfant. Maintenant, j’accouche au dispensaire. Parce que si tu accouches seule et qu’il y a un problème, il n’y a personne pour te secourir… »

Jeanne Tolno, la sage-femme du dispensaire Saint-Gabriel, dans le quartier populaire de Matoto, à Conakry, vient d’habiller chaudement le bébé et lui prodiguer les premiers soins. Mariama a mis toutes les chances de son côté dans un pays où encore une femme sur deux accouche sans assistance médicale et où la mortalité materno-infantile reste très élevée.

Mourir en couche

En Guinée Conakry, 679 femmes sur 100 000 meurent suite à des complications pendant ou après la grossesse ou l’accouchement. Au cours de sa vie, c’est une femme sur 26 qui risque de mourir en couche. Pour 1 000 naissances vivantes, 34 nouveau-nés ne survivent pas au-delà de 28 jours. Des taux parmi les plus élevés du monde et supérieurs à la moyenne de la sous-région.

Depuis quelques années, ces chiffres étaient à la baisse. Mais l’épidémie d’Ebola, qui a fait 2 500 victime en deux ans en Guinée, et dont le pays peine à sortir, est venue faire voler en éclats cette progression et éprouver un système de santé déjà à terre.

Au centre de santé de Farmoriah, petite ville située à une centaine de kilomètres au sud de la capitale Conakry et à vingt kilomètres de la frontière avec la Sierra Leone, les mesures anti-Ebola sont toujours de rigueur. Lavage des mains à l’eau chlorée et prise de température sont indispensables pour accéder à la structure. Dans la petite cour carrée du centre écrasée par le soleil, des dizaines de femmes enceintes ou accompagnées de leur enfant attendent leur tour. Une scène qui ne se serait pas vue pendant Ebola.

« Le bruit courait contre nous »

« Durant l’épidémie, le centre n’étaient pas utilisé, raconte Patrice Goumou, infirmier et chef du centre de santé de Farmoriah. Le bruit courait dans les villages que les médecins avaient inventé le virus pour intoxiquer la population. La communauté était complètement braquée contre nous. Personne ne voulait venir au centre et il était quasiment impossible de pénétrer dans les villages. » La région de Farmoriah est celle qui a présenté le plus de résistances communautaires et de défiance vis-à-vis du personnel soignant. Une situation bloquée dont témoigne aussi Marie-Madeleine Loua, la sage-femme : « Nos taux de fréquentation se sont écroulés. Les femmes ne venaient pas accoucher au centre et ne suivaient plus non plus les consultations prénatales. »

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