PORTRAITS

Hamidou Fadima – Niger

Je suis sage-femme depuis 39 ans. Une vocation.

 

Au cours de ma vie, j’ai fait les régions. J’ai commencé par Maradi où j’étais très jeune, 20 ans et la seule sage-femme. Il fallait aller chercher et inciter les femmes à fréquenter les services. Elles ne venaient pas car ne savaient tout simplement pas qu’il y avait une sage-femme. J’ai été formée à l’époque par une équipe chinoise à la ventouse et la réanimation du nouveau-né.

Aujourd’hui je suis directrice d’une maternité. En tant que directrice, je veille à ce que nous faisions des séances de formation sur site des nouvelles prestataires, sages-femmes qui arrivent, en particulier sur les SONU la GATPA –gestion active de la troisième phase de l’accouchement, ainsi que la prise en charge de l’éclampsie et pré-éclampsie, mais également en soins essentiels du nouveau-né (réanimation, prise en charge du nouveau-né).

Nous avons 300 à 350 accouchements par mois. Nous n’avons noté aucun décès cette année.

Nous contribuons fortement à la réduction de la mortalité. Nous faisons partie de l’équipe des audits des décès maternels au niveau des maternités. Nous avons toujours géré des cas obstétricaux d’où des références à temps au moment opportun qui permet de sauver des vies en cas de complications.

J’ai une grande expérience des zones reculées. J’ai en effet participé à une enquête nationale des SONU et ainsi parcouru 45 services de santé en zone rurale. Ce qui m’a le plus frappé est le manque de personnel qualifié dans ces zones (médecins, infirmiers et sages-femmes). Les accouchements sont pris en charge par des agents de cases de santé ou  pratiqués par des stagiaires et des ASC. Nous recommandons au gouvernement un redéploiement des sages-femmes.

Pour ce faire, tout agent ayant obtenu son diplôme devrait aller faire son «année rurale ». Avec l’équipe cadre qui supervise. Le Niger veut s’inspirer du tutorat au lieu du mentorat. On a formé les sages-femmes expérimentées pour qu’elles encadrent ces jeunes dans les zones rurales.

Je suis prête à aller dans les zones rurales et après ma retraite je souhaiterais encadrer ces jeunes. Cela demande certes un sacrifice car je devrais abandonner mon foyer plusieurs jours par trimestre. Cependant j’ai la forte conviction que soutenir les femmes en milieu rural reste primordial.

J’ai d’ailleurs vécu mon expérience la plus forte émotionnellement en zone rurale où je sensibilisais sur la fistule obstétricale. Lorsqu’une une fistuleuse a témoigné, elle s’est mise à verser des larmes. Elle était si jeune. A cause d’un mariage trop tôt, d’une grossesse précoce, le travail a été long. Elle a survécu mais est devenu fistuleuse. Le bébé aussi a survécu. Heureusement elle a eu une bonne prise en charge qui lui a permis de guérir et retourner dans son foyer et a pu bénéficier d’une insertion sociale.

Il me reste 1 an avant la retraite. Je passe mon temps avec les femmes et je continuerais.

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF