Haoua, mariée à 16 ans, mère de 3 enfants- Niger

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« Le calvaire de Haoua, mariée depuis l’âge de 16 ans à son agresseur »

« Mon mari avait l’habitude de me frapper tous les jours », commence par dire Haoua. Malgré la cruauté de l’histoire qu’elle raconte, elle ne montre pas de signe de nervosité – au contraire, elle offre son plus beau sourire quand elle est interpellée par notre photographe.

Outre son sourire, l’objectif capte les nuances des tons sombres de la peau d’Haoua, ou de la bande translucide sur le haut de son khimar pourpre. Le khimar est un voile islamique qui descend jusqu’aux hanches mais laisse le visage découvert. Un regard plus attentif révèle des marques de mauvais traitements à l’œil droit.

Haoua_8« Quand il me frappait au moment où j’étais enceinte, j’avais très mal », continue-t-elle. L’agression a eu lieu à son 4ème mois de grossesse et, depuis, Haoua a des problèmes de vision. L’enfant est né et a survécu pendant près d’un an, mais il n’a pas résisté à une épidémie de méningite qui a dévasté le Niger au début de l’année 2015.

Depuis qu’elle a été mariée de force à l’âge de 16 ans, Haoua vit avec son agresseur. Au début, ils habitaient à Niamey, capitale du Niger, mais les épisodes répétitifs de violences l’ont obligée à fuir. Ne pouvant se faire à cette idée, le mari l’a suivie jusqu’à Namari Goungou, un village de la région sahélienne de Tillabéry où elle s’était réfugiée avec ses enfants : deux jeunes adolescentes et un garçon de 11 ans.

Outre les marques physiques, les épisodes de violences ont laissé des marques psychologiques sur Haoua, « encore aujourd’hui, si je le vois, j’ai peur », résume-t-elle.

La prévalence de ce type d’unions – forcées et précoces – est très élevée au Niger. Pour que ces unions soient légales, les mariées doivent avoir au moins 15 ans, mais beaucoup de parents commencent à marier leurs filles à partir de 10 ans. Ce sont des mariages acceptés dans un pays pauvre (il se situe à la dernière place du monde par rapport à l’Indice de Développement Humain) et polygame, où les hommes peuvent avoir jusqu’à 4 femmes tant qu’ils s’engagent à subvenir à leurs besoins.

Ironiquement, la lésion oculaire d’Haoua est arrivée à un moment où le responsable du maintien du foyer a protesté parce que le repas n’était pas prêt. « Je lui dis qu’il m’a rien laissé à préparer, donc je n’ai pas de nourriture à lui proposer », explique-t-elle. Suite à l’agression, Haoua a été conduite par son plus jeune frère à l’ONG DIMOL, qui s’occupe de femmes victimes de violences. « J’étais vraiment blessée. Ils m’ont prise en charge. Grâce à eux, j’ai retrouvé ma santé », reconnaît-elle. Puis elle ajoute, « Depuis que les gens de l’ONG l’ont conseillé il m’a demandé pardon et il ne me frappe plus ».

Notre discussion a lieu dans les locaux de la DIMOL, l’un des rares espaces où Haoua se sent protégée. La présidente de l’ONG, Salamatou Traoré, révèle que la majorité des victimes affronte, outre les mauvais traitements, l’indifférence des voisins et de la communauté. « Ils ne considèrent pas que certaines violences qui sont perpétrées sur la santé des femmes et des jeunes filles soient des vraies violences. Ils considèrent cela comme des pratiques courantes », dit-elle.

Haoua_4Au Niger, les femmes sont fortement discriminées par rapport aux hommes, une situation liée à la religion et aux coutumes ancestrales qui rendent difficile l’éradication de la violence masculine. Certaines des pratiques sociales néfastes les plus enracinées sont l’excision, l’exclusion économique et sociale, le mariage et les grossesses précoces et la privation de scolarité, mais la liste inclut également des pratiques comme le gavage (alimentation forcée des filles pour qu’elles puissent se marier plus tôt).

« Il faut que les communautés comprennent qu’il s’agit de violences, ce ne sont pas rien que des pratiques traditionnelles qu’on peut banaliser », continue Salamatou.

La région de Tillabéry est une des régions les plus affectées par ce fléau, raison pour laquelle elle est en train de bénéficier d’initiatives comme la création de plateformes multidimensionnelles de soutien aux victimes, de formation de professionnels dans ces domaines et divers programmes de prévention et de sensibilisation. Au niveau communautaire, l’implication des chefs religieux s’est révélée extrêmement fructueuse, comme nous l’indique Salamatou « leur engagement aide beaucoup à un changement de comportement immédiat au niveau du terrain ». « Cette stratégie a porté ses fruits et c’est avec le Fonds Français Muskoka qu’on a eu le financement », souligne la présidente de la DIMOL.

Sans le soutien de cette ONG, qui a transporté Haoua à l’Hôpital et a « pris en charge tous ses traitements à 100 % », la situation de cette mère aurait tourné au drame. Consciente de la gravité de la situation, Haoua profite de notre présence pour adresser un message : « J’invite toutes mes sœurs femmes qui se trouvent dans des situations de violence à s’adresser aux institutions qui protègent les droits et intérêts des femmes ». Alors qu’elle est sur le point de retourner à ses tâches ménagères, Haoua demande encore à toutes ses « sœurs femmes » d’emmener leurs filles à l’école. « Tant que tu es éduquée, tu connais tes droits, et tu es plus préparée à défendre tes droits », termine-t-elle.