PORTRAITS

Kadidja Matho 

“Je me souviens j’étais en CE2, nous étions assis devant notre porte et une femme qui partait pour l’hôpital a accouché juste devant nous par terre. A ce moment-là, je me suis dit que je deviendrais sage-femme ou médecin pour aider les autres. Cette scène a suscité ma vocation. »

 

Kadidja exerce le métier de sage-femme depuis 5 ans, à l’hôpital de la paix à N’Djamena au Tchad. Elles sont 7 sages-femmes pour 180 accouchements par mois. Elles ne sont pas suffisamment nombreuses et se retrouvent à faire des gardes de 20 heures avec une fille de salle. Et il n’est pas rare que des accouchements soient faits par des infirmiers ou agents techniques, ce qui pose problème.

« Nous sommes aussi confrontés au problème de matériel comme le matériel de réanimation. D’aspirateur nous n’en disposons. Nous devons faire des massages cardiaques. Pas de ballon pour la ventilation non plus. Ce manquement pose de gros risques pour le bébé. Moi-même parfois, je vais payer les poires avec mon propre argent malgré mon salaire. Les salaires on n’en tient pas compte sinon on n’arrête d’être sage-femme. La motivation c’est sauver des vies, et aider les femmes à donner la vie.

En 2010, à la sortie de l’école, j’ai été nommée en milieu rural. On partait dans les petits villages pour faire la CPN et mobiliser les femmes pour qu’elles accouchent à l’hôpital. Les conditions de vie étaient rudes, les déplacements à moto difficiles, surtout lorsqu’il fallait braver les intempéries.

Au début mon mari ne voulait pas que je prenne mon enfant pour aller travailler en milieu rural à cause de l’école. Or j’ai fait ma formation pour aller aider toutes les femmes. J’ai convaincu mon mari. Je suis partie avec mon enfant. Dans ce cas le dialogue de couple est essentiel.

Je serais prête à retourner en milieu rural, .aller vers ces femmes pour qu’elles aient des soins appropriées et pour le bien être du nouveau-né. Je suis sage-femme avant tout et fière de l’être. »

 

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF