30 mars 2017 Juliette

L’Afrique a besoin de 4,2 millions de médecins

Réunion de travail avec le Dr Diallo et son équipe, Maternité de Mongo

L’économiste.com

Ces 5 dernières années, les écoles africaines ont perdu 18% de leurs enseignants. La fuite des cerveaux touche aussi le personnel médical

Lorsqu’on parle santé en Afrique, on met le doigt forcément sur les infrastructures manquantes, mais surtout sur le déficit en ressources humaines santé.  Tout un débat a été dédié à cette problématique par l’ONG africaine Yenda. Il s’agit non seulement de faire le diagnostic, mais surtout d’envisager avec les décideurs les pistes pratiques à développer pour pallier ce grand déficit, insiste le Pr. Mohamed Khaled Choulli, président de l’ONG. Certes, la pénurie est mondiale, mais elle est particulièrement aiguë dans les pays qui ont les plus grands besoins. Le constat est tiré par le Dr Bernard Baudoin Boaminbek: «L’Afrique compte 24% de la charge de morbidité, 3% du personnel de santé dans le monde, représentant moins de 1% des dépenses mondiales de santé».

Un benchmark avec les autres régions du monde montre que ce sont les pires scores  (voir encadré). Si on enregistre déjà un manque de 7,2 millions de professionnels de la santé au niveau mondial,  en Afrique, nous sommes à un déficit de 4,2 millions. Le même constat est d’ailleurs fait pour le personnel soignant. Les écarts sont très importants entre les pays. L’Afrique du Nord cumule plus de 35% des ressources humaines en matière de santé du continent, l’Egypte à elle seule en compte environ 25%.

En 2010, l’Egypte enregistrait 179.900 médecins contre 174.510 pour l’Afrique subsaharienne, soit 5.390 de plus. Certains pays voient leur déficit s’accentuer, notamment le Cameroun qui est passé 18 médecins pour 10.000 habitants en 2006 à 8/10.000 en 2016 ou encore le Cap-Vert (de 19/10.000 en 2006 à 8,6/10.000 en 2016).  En termes de formation, l’Afrique est aussi au rang des très mal-lotis.

Les 47 pays d’Afrique subsaharienne comptent à peine 168 facultés de médecine et, parmi ces pays, 11 ne disposent d’aucune faculté de médecine et 24 n’en ont qu’une seule. Au cours des 5 dernières années, les écoles de médecine africaines ont perdu de 10 à 18% de leur corps enseignant. Les raisons sont bien connues: la fuite des cerveaux  africains touche particulièrement les professionnels de la santé qui, face à  des conditions de travail exécrables (72 h), des salaires de misère, de 300 euros au Cameroun, l’absence d’infrastructure, préfèrent d’autres cieux, relève Dr Samuel Opoku  Gyamfi.