23 février 2017 Juliette

L’Afrique, toujours en essor ?

Campement de la famille de Haoua

Affaiblie par la baisse des cours des produits de base et un environnement économique mondial globalement moins porteur, l’activité économique de l’Afrique subsaharienne devrait croître cette année à son rythme le plus bas depuis plus de vingt ans.

Ce panorama général masque toutefois une hétérogénéité considérable des trajectoires économiques dans la région : les pays peu tributaires des exportations de ressources naturelles continuent d’afficher de bons résultats, grâce notamment à la diminution de leur facture pétrolière. En revanche, les pays exportateurs de ressources naturelles traversent une passe difficile, tout particulièrement les pays exportateurs de pétrole, dont les perspectives à court terme se sont dégradées. Ceci dit, la région continue de présenter un énorme potentiel de croissance. Comment réaliser ce potentiel ? Pour les pays les plus touchés par ce ralentissement économique, quelles politiques publiques élaborer pour permettre un rebond de la croissance ?

Les produits de base n’expliquent pas tout

Pendant près de deux décennies, à partir du milieu des années 90, l’Afrique subsaharienne a affiché des taux de croissance élevés, atteignant en moyenne 5 à 6 % par an dans l’ensemble du continent. Après la décennie perdue des années 80, durant laquelle le revenu par habitant a chuté, beaucoup de pays semblaient avoir tourné la page être entrés dans une nouvelle ère de croissance et de développement. Les taux de pauvreté avaient diminué et de nombreux indicateurs sociaux – du taux de mortalité infantile et maternelle au niveau d’instruction – s’étaient améliorés.

Qu’est-ce qui explique cette bonne performance ? Si la hausse des cours des produits primaires a assurément aidé certains pays, l’accélération de la croissance a été observée dans de nombreux pays aux caractéristiques différentes. En réalité, ce sont les pays dépourvus de ressources naturelles qui ont affiché la croissance la plus rapide. L’Éthiopie, l’Ouganda, le Mozambique et le Rwanda, par exemple, ont connu une forte expansion bien qu’ils ne soient pas exportateurs de ressources naturelles. Il semble en fait que les bons résultats s’expliquent à la fois par une conjoncture extérieure favorable et par de bonnes politiques nationales. L’allégement de la dette a préparé le terrain. Des politiques économiques judicieuses ont fait reculer l’inflation, ce qui a profité aux investissements des entreprises de même qu’aux pauvres, qui sont souvent les moins à même de se protéger contre la hausse des prix. L’élargissement de l’assiette fiscale a permis de mobiliser plus de ressources pour relever les défis sociaux et infrastructurels. Enfin des secteurs financiers plus solides et actifs ont accordé au secteur privé en pleine expansion les crédits qui faisaient cruellement défaut. Tous ces facteurs ont stimulé l’investissement étranger et intérieur, entretenu la croissance économique et créé des emplois.


Le ralentissement

La croissance de l’Afrique subsaharienne devrait désormais ralentir fortement pour atteindre son plus bas niveau depuis plus de 20 ans. D’après les prévisions du FMI, elle devrait s’établir à 1,4 % en 2016 et ne reprendre que modérément en 2017. La baisse des prix des produits de base et le rééquilibrage en cours de l’économie chinoise ont des effets profonds, en particulier sur les pays africains exportateurs de pétrole comme le Nigéria et l’Angola.

 

Deux Afrique se côtoient

À plusieurs égards, en terme de croissance, deux Afrique se côtoient. Les pays exportateurs de pétrole, et dans une moindre mesure les exportateurs de produits minéraux, sont durement touchés par le ralentissement, tandis que d’autres pays continuent d’afficher de bons résultats.

perspectives-de-leconomie-mondiale-du-fmiSource : base de données des Perspectives de l’économie mondiale du FMI

 

Les pays qui ne sont pas tributaires des ressources naturelles — c’est-à-dire près de la moitié des pays d’Afrique subsaharienne — bénéficient de la baisse des prix des importations de pétrole. De plus, l’amélioration du climat des affaires et l’intensification des investissements dans les infrastructures continuent d’alimenter une forte croissance. Des pays comme la Côte d’Ivoire, l’Éthiopie, le Sénégal et la Tanzanie enregistrent toujours des taux de croissance supérieurs à 6 %.


S’adapter au présent, investir pour l’avenir

Que doit donc faire l’Afrique pour retrouver la dynamique des 20 dernières années et éviter de retomber dans une alternance d’expansions et de récessions ? Les exportateurs de produits de base doivent inévitablement s’adapter aux nouvelles réalités. Il faut laisser les monnaies se déprécier face aux revers de fortune des principales exportations et encourager le développement de nouveaux secteurs concurrentiels. Les pays doivent aussi réduire les dépenses publiques pour s’adapter à la baisse des recettes tout en déployant d’importants efforts pour élargir leur assiette fiscale. Au Nigéria, avant l’effondrement du cours du petrôle, le secteur pétrolier comptait pour moins de 15 % du PIB, mais les recettes pétrolières représentaient deux tiers des recettes de l’État. Élargir l’assiette fiscale afin de mieux tirer profit du secteur non pétrolier constituerait une étape importante pour protéger les dépenses publiques essentielles.

À plus long terme, tous les pays africains doivent investir dans l’avenir en prenant des mesures dès à présent pour assurer une croissance solide et inclusive pour les 20 ans à venir. Quatre grands objectifs prioritaires s’imposent :

  • L’élargissement de l’assiette fiscale continue d’offrir de vastes possibilités, et pas uniquement dans les pays exportateurs de pétrole. Une récente étude du FMI a montré que les pays pourraient mobiliser ainsi de 3 à 6 % du PIB de recettes supplémentaires en moyenne. Cela les rendrait moins tributaires de l’aide étrangère et des rentrées de capitaux instables.
  • Des mesures urgentes s’imposent pour renforcer la compétitivité de l’Afrique. Les infrastructures, surtout dans le secteur de l’énergie, sont loin d’être suffisantes pour favoriser l’émergence d’entreprises compétitives à l’échelle internationale. L’accélération de l’intégration de l’Afrique dans les chaînes de valeur mondiales doit être une priorité majeure.
  • La croissance doit devenir plus inclusive. Réduire les inégalités, en particulier entre les hommes et les femmes, pourrait faire gagner à la croissance un point de pourcentage du PIB par an en Afrique subsaharienne.
  • L’Afrique doit se préparer à tirer parti du dividende démographique. D’ici à 2035, la moitié des nouveaux arrivants sur le marché du travail viendra d’Afrique subsaharienne. Cette population jeune peut être un atout pour le développement économique, surtout compte tenu du vieillissement de la population dans le reste du monde. Cet avantage n’est pourtant pas automatique. Il exigera des mesures d’accompagnement, tant économiques que sociales, pour faire en sorte que l’évolution démographique ne soit pas une charge, mais un avantage.
  • En résumé, oui, l’Afrique poursuit son essor. Si le ralentissement actuel est un immense défi, en réussissant à le relever et en prenant des mesures pour investir dans l’avenir, l’Afrique peut retrouver une trajectoire de croissance forte et inclusive capable de créer des emplois et d’élever le niveau de vie.