6 janvier 2017 Juliette

Lutte contre le paludisme : des progrès et des freins

Les méthodes de lutte contre le paludisme portent leurs fruits. Dans une certaine mesure en tout cas, chez les enfants et les femmes enceintes en Afrique subsaharienne notamment. Lesquels ont un plus large accès aux tests de dépistage et aux traitements préventifs. Comme le révèle le dernier rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) publié ce 13 décembre. Toutefois, dans de nombreux pays de la région, des lacunes importantes subsistent. Les déficits de financement ainsi que les systèmes de santé fragiles sapent les progrès accomplis.

Selon les nouvelles conclusions présentées dans le dernier rapport de l’OMS sur la lutte antipaludique, « environ la moitié (51%) des enfants présentant de la fièvre et consultant un établissement de santé publique dans 22 pays africains ont été soumis à un test de diagnostic du paludisme en 2015 ». De bien meilleurs résultats par rapport aux 29% évalués en 2010.

Autre résultat positif : la prévention chez les femmes enceintes. « Le pourcentage d’entre elles recevant les trois doses ou plus recommandées du traitement préventif intermittent pendant la grossesse (TPIg) par l’administration de sulfadoxine-pyriméthamine a été multiplié par cinq dans 20 pays africains », notent les rédacteurs du rapport. La couverture a atteint 31% en 2015, soit une augmentation de 6% par rapport à 2010. Ce traitement permet de prévenir la mortalité maternelle et infantile, l’anémie ainsi que d’autres effets indésirables causés par le paludisme durant la grossesse.

Enfin, « plus de la moitié (53%) de la population à risque en Afrique subsaharienne utilisait des moustiquaires imprégnées d’insecticide en 2015, contre 30% en 2010.

De bons résultats limités, de grandes ambitions

Mais ces progrès notables sont ternis par le fait qu’ils ne concernent pas la totalité de la population concernée. Ainsi, en 2015, une proportion importante (36%) d’enfants présentant de la fièvre ne se rendait pas dans un établissement de santé pour recevoir des soins dans 23 pays africains. « Il y a certes des progrès », indique le Dr Pedro Alonso, Directeur du Programme mondial de lutte antipaludique à l’OMS. « Mais le monde peine toujours à atteindre des niveaux élevés de couverture par les programmes qui sont nécessaires pour combattre cette maladie »

Pourtant, les États Membres de l’Assemblée mondiale de la Santé ont adopté en 2015 la Stratégie technique mondiale contre le paludisme 2016-2030. Laquelle fixe des cibles ambitieuses pour 2030 ainsi que des objectifs intermédiaires tous les cinq ans afin de suivre les progrès accomplis. L’un d’eux consiste, à l’horizon 2020, à éliminer le paludisme dans au moins 10 pays. Le rapport montre que les perspectives sont favorables en ce qui concerne la réalisation de cette cible.

Mais pour d’autres cibles essentielles, les efforts doivent s’intensifier. Ainsi, « la Stratégie appelle à réduire de 40% l’incidence du paludisme d’ici à 2020 par rapport à l’année de référence 2015 ». Or selon le rapport, « moins de la moitié (40) des 91 pays et territoires confrontés au paludisme sont en bonne voie d’atteindre cet objectif intermédiaire ».

Enfin, pour gagner la lutte contre le paludisme, l’argent risque de manquer. « En dépit de la nette augmentation des investissements mondiaux en faveur de la lutte antipaludique entre 2000 et 2010, le financement stagne depuis cette période », révèle le rapport. « Si l’on veut atteindre les cibles mondiales, une augmentation considérable du financement national et international est nécessaire.