PORTRAITS

Marie-Anne Bigue Sarr – Sénégal

Cela fait 22 ans que j’ai obtenu mon diplôme de sage-femme. J’enseigne à l’Ecole nationale du développement sanitaire et social à Dakar depuis 13 ans.

 

Nous sommes confrontés à deux problèmes majeurs. D’une part la qualité de la formation car de nombreuses écoles privées ne s’alignent pas aux normes de la formation. D’autre part, les sages-femmes formées ne sont pas embauchées que ce soit par la fonction publique ou des institutions privées. Au niveau de la politique nationale, le budget ne permet pas l’embauche des sages-femmes. On se retrouve avec de jeunes diplômées mais qui n’exercent pas en tant que sage femmes.

Nous faisons face à un paradoxe total avec des structures sans sage femmes. Et des sages-femmes sans travail.

Pour changer il faudrait que le gouvernement ait une politique pour recruter les sages-femmes et les fixer sur place. Pour les zones desservies, il faut arriver à un système de fidélisation pécuniaire avec une indemnité d’éloignement. Il faudrait pouvoir proposer aux sages-femmes un suivi et un plan de carrière. Le chantier est encore gigantesque.

Une sage-femme bien formée peut contribuer à la réduction de la mortalité. Qui pratique dans des conditions adéquates peut prendre en charge n’importe quelle femme dans n’importe quelle situation.

Conditions réunies signifient : formation de qualité, plateau technique complet, prise en compte des facteurs socio-culturels Dans certaines zones, une femme n’a pas les moyens d’aller se faire soigner, elle reste à la maison car on ne veut pas que sa grossesse soit découverte, elle ne peut pas aller à la PF car elle serait associée à une vie de vagabondage…ce sont des facteurs très importants pour la prise en charge des femmes et la réduction de la mortalité.

Nous faisons tout pour la qualité de la formation avec une approche par compétences. L’étudiant sage-femme est coachée, avec des travaux pratiques en situation sur des mannequins puis sur des terrains en situation clinique. Elles sont suivies par des enseignantes sages-femmes. Cela marche bien mais nous rencontrons un problème de terrain, nous n’avons pas assez de place. Nous réfléchissons à la possibilité de construire une maternité au sein de l’école.

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF