PORTRAITS

Meima Brahim – Mauritanie

Je suis sage-femme depuis 30 ans et enseignante à l’école nationale de santé publique depuis 1996.

 

Petite, j’ai vu un jour ma mère accoucher, entourée d’un groupe de femmes. L’accoucheuse touchait son ventre. Ma maman souffrait beaucoup et cela me faisait mal au cœur. Pourquoi elle pleure quand on touche son ventre ? Je devais avoir 9 ans. Alors j’ai su que j’aiderais les femmes.

J’ai commencé en tant qu’indépendante. J’avais une PMI où il y avait une petite salle d’accouchement en brousse. J’étais la seule sage-femme, jeune diplômée. La population à plus de 80% nomade n’avait aucune notion du suivi de grossesse. Soit la femme accouchait naturellement chez elle, mais si elle venait cela signifiait une complication. Du coup j’ai été confrontée régulièrement à la mort. La mère et l’enfant, le monde le plus fragile de la planète.

J’appartiens à une classe de sages-femmes bientôt à la retraite. Les jeunes sages-femmes qui arrivent ne supporteront pas ce que les anciennes sages-femmes ont enduré.

Tout le monde veut être en pleine capitale par rapport au mode de vie. Et si elle n’est pas mariée, les parents ne vont pas la libérer pour partir en milieu rural. Un problème.

Notre profession est un métier noble, reconnu mondialement. Les sages-femmes doivent se respecter et être responsables pour qu’on les respecte. Par ailleurs, elles doivent prioriser les droits du patient et l’humanisation des soins. Expliquer tout geste pour rassurer et réconforter la patiente.

Enfin, je demande qu’à chaque fois que la science innove, je veux que la sage-femme en bénéficie. Que I’on mette à disposition de tous les pays en voie de développement ces nouvelles techniques au bénéfice de la femme, de l’enfant, du couple et de la famille.

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF