Aoufobara, Agent de santé communautaire- Togo

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Zéro mortalité infantile à Baoulé

« Je m’appelle Aoufobara Dagui, j’ai 27 ans et je suis agent de santé communautaire (ASC) à Baoulé. J’ai eu quatre enfants, mais deux seulement sont vivants. Deux sont décédés. Et il y a le 5ème dans mon ventre, pas encore sorti », explique Aoufobara pendant qu’elle pose un regard tendre sur son ventre, le caressant de sa main. Elle nous parle de sa maison, assise par terre sur une natte, le dos appuyé à un mur de couleur bleue céleste. À gauche, également assis, se trouvent son mari et leurs deux enfants qui jouent en silence. Aoufobara n’a pas étudié la médecine ni fait d’études d’infirmière.

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Elle et son mari travaillent dans les champs et sont agriculteurs comme la plus grande partie de la population togolaise (65%). Avant de devenir agent de santé communautaire, Aoufobara a perdu un de ses bébés suite à un accouchement par césarienne et l’autre dû au paludisme – l’une des principales causes de mort infantile au niveau national.

« Avant, si j’avais pu être agent de santé communautaire, mon enfant ne serait pas décédé. C’est ça qui m’a poussée à devenir ASC » poursuit Aoufobara qui après avoir reçu une formation spécifique (prise en charge intégrée des maladies de l’enfance et planification familiale) est apte à identifier les symptômes du paludisme, de la malnutrition, de la pneumonie et autres maladies potentiellement fatales, avec des conséquences graves.

La grossesse n’empêche pas Aoufobara de continuer sa mission en tant qu’agent de santé communautaire, rendant visite aux familles de son village et des villages alentours, dispensant des soins de santé infantile.

Pendant les visites à domicile, Aoufobara écoute attentivement la description des symptômes, observe les enfants, fait le diagnostic et administre le traitement adéquat. Dans des situations plus graves, elle oriente les patients vers le centre de santé le plus proche. Dans le cas de Baoulé, le village agricole où Aoufobara réside, le centre de santé le plus proche se trouve à 7 km.

Lors de ses visites et dans le cadre de sa mission en tant qu’ASC, Aoufobara sensibilise également les femmes et les familles à l’importance de la planification familiale – une méthode décisive pour le destin de sa propre famille, comme elle nous l’explique : « Avant, il y avait le ventre, l’enfant au dos, je ne pouvais pas travailler, je ne pouvais pas aider mon mari aux champs, les enfants pleuraient à gauche et à droite », se souvient-elle. « Maintenant, il y a de la fierté dans le foyer ».

Son mari, Kokou Kossikan, est agriculteur et conducteur de tracteur. Un peu plus réservé qu’Aoufobara, mais également voué à la cause de la réduction de la mortalité maternelle et infantile dans son village, Kokou soutient sa femme de plusieurs façons. « Si elle est occupée, je lave les enfants, je fais la cuisine et on mange ensemble. S’il arrive qu’on l’appelle dans un autre village, des fois je l’accompagne, je la prends sur la moto ». Dans d’autres situations, il arrive même à Kokou de transporter les enfants jusqu’au Centre de santé à moto – « ils n’ont pas de moyens pour se déplacer et je prends ma moto, je prends l’enfant et je l’emmène au centre de santé ». « La santé des enfants est essentielle pour moi », ajoute Kokou pendant qu’il épluche des baies  cueillies dans les champs.

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Il tient à souligner qu’il n’apporte pas seulement son soutien à sa femme dans son rôle d’agent de santé communautaire, mais qu’il a contribué à la convaincre d’accepter ce défi. « Quand les villageois l’ont choisie, elle n’était pas du tout d’accord. Avec mes conseils et nos discussions, elle a accepté et a commencé à travailler comme ASC », dit-il.

Le travail de Aoufobara, en tant que première agent de santé communautaire de Baoulé, est en train de transformer ce village des Savanes, région la plus septentrionale du Togo. « Maintenant il y a moins de décès. Avant, dans le mois, on ne pouvait pas même les compter. Mais, cette année, je n’ai pas encore trouvé un décès dans mon village », affirme Aoufobara satisfaite.

La réduction drastique  de la mortalité infantile à Baoulé a des contours presque miraculeux, mais la réalité n’a rien de surnaturel : c’est le fruit d’une initiative engagée par le Fonds Français Muskoka (FFM) au Togo. Aoufobara fait partie d’un groupe d’environ 1300 ASC, qui, comme elle, a reçu une formation et dispose aujourd’hui d’un salaire, d’un portable et d’autres ressources indispensables à la délivrance de soins de santé de qualité, comme les médicaments, tests de diagnostic rapide, aliments thérapeutiques, entre autres.

« Je prends mes instruments, comme ils m’ont formée. Je prends le thermomètre, je prends l’enfant pour voir s’il a de la fièvre. Je fais le test du paludisme, si le test est positif, je sais qu’il a le palu et je lui donne les médicaments », explique Aoufobara.

Les agents de santé communautaire, comme Aoufobara, jouent un rôle fondamental dans la réduction de la morbidité et de la mortalité infantile, en assurant une délivrance de soins de santé en temps utile, auprès des familles et des communautés éloignées des unités de santé.

Au Togo, en 2014, le travail de ces agents s’est traduit par le traitement de presque 70 mille cas de paludisme, 17 500 cas de diarrhée, 8 000 cas de pneumonie – principales causes de mortalité infantile au Togo – et encore 2 000 cas de malnutrition aiguë sévère.

Ensemble, Aoufobara et Kokou sont en train d’éradiquer la mortalité infantile à Baoulé – et, en même temps, certaines idées préconçues. « Il y a des gens qui nous critiquent beaucoup, mais moi je bouche les oreilles. Puis, je fais ce que je suis en train de faire – et je sais que je suis en train d’aider mon village », nous confie le mari d’Aoufobara.