PORTRAITS

Nicole More – Cameroun 

Je suis sage-femme depuis 5 ans. J’ai été formée à l’Ecole nationale de santé publique d’Ouagadougou au Burkina Faso car avant 2012, il n’y avait pas d’école de sages-femmes au Cameroun.

 

J’ai vu une émission où une sage-femme parlait de son métier et son témoignage m’a passionnée. Par ailleurs, mon père était infirmier. Il m’emmenait souvent à son boulot où j’ai pu rencontrer des sages-femmes et les observer.

J’exerce actuellement à l’hôpital gynécologique, obstétrique et pédiatrique de Douala où on compte une moyenne de 40 accouchements par mois. Je suis la seule sage-femme, assistée d’infirmières brevetées accoucheuses. Et il y a un gynécologue en permanence.

En ce moment, la difficulté majeure est la délégation des tâches. Les gynécologues ont une emprise sur tout. Nous, sages-femmes et infirmières sommes des exécutantes. On ne nous laisse pas nous exprimer, ni prendre d’initiative. Ils n’ont confiance ni en nous, ni en notre formation.

J’ai l’expérience du milieu rural ; où j’ai travaillé et formé des agents communautaires pendant 3 ans. J’étais la seule sage-femme. En milieu rural, il faut faire face au manque de matériel et de médicaments. Il faut souvent improviser, faire preuve d’ingéniosité et faire avec ce qu’on a sur le terrain. Il faut parfois utiliser d’anciennes méthodes. Et on est sollicité à tout moment. Cela demande à sacrifier sa vie de famille. Je serais prête à renouveler l’expérience en milieu rural même si j’en déplore les conditions de logement et trouve injuste qu’une personne qui travaille en brousse ait moins davantage, par contre plus de travail avec un plus grand impact sur la réduction de la mortalité. Il n’y a aucune compensation financière et aucune politique mise en place.

J’ai été choquée d’apprendre que 30% de la mortalité maternelle est due à l’avortement. En effet la planification familiale est presque inexistante au Cameroun. Pourtant toute fille devrait avoir accès à l’information afin de comprendre son corps et sa sexualité.

Je n’ai que ma volonté pour travailler et l’amour du métier. Je suis responsable de la maternité. Quand j’ai du temps je vais travailler dans une ONG où j’organise des causeries avec les femmes. Je les sensibilise sur les différentes méthodes de contraception, l’importance de se protéger, les conséquences des avortements. Certains maris y participent. C’est bien plus simple lorsqu’ils sont impliqués.

J’ai entendu parler de mentorat. Des agents de santé qu’on vient recycler. Nous en avons besoin au Cameroun. La science évolue vite, les pratiques aussi mais ceux qui sont dans des zones reculées n’en bénéficient pas. Que la sage-femme soit entendue. Que l’on pense à l’après sage-femme. Je vois virer dans la pédiatrie pour pouvoir évoluer. Il n’y a pas d’échelons pour la sage-femme et c’est un facteur très démotivant. J’espère de tout cœur que cela changera car j’aime mon métier, pourtant si peu valorisé.

Nous sommes près des mamans, nous les accompagnions dans leurs douleurs et leur joies. Elles nous font confiance. E c’est notamment grâce à cela que la sage-femme peut avoir un impact dans la réduction de la mortalité.

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF