1 juin 2017 Juliette

Le secteur de la santé en Afrique… un patient à soigner d’urgence

Jeune Afrique

Tribune rédigée avec Benjamin Romain, co-fondateur d’Okan.

« J’ai décidé d’être heureux car c’est bon pour la santé » disait Voltaire. Un nombre croissant d’africains ont fait leur cette maxime. Mais ils ont également décidé… qu’il fallait être en bonne santé pour être heureux. La santé en Afrique a été plombée par des années de sous-investissement et de croissance démographique accélérée : l’Afrique sub-saharienne compte 1 médecin et 10 lits d’hôpital pour 10.000 habitants (l’OMS préconisant un ratio de 7 médecins et 30 lits d’hôpital).

La visite d’un hôpital en Afrique révèle souvent des réalités tragiques : patients non soignés faute de médicaments, soignants peu rémunérés et démotivés, état alarmant des infrastructures.

Indicateurs inquiétants

Les indicateurs reflètent ce drame : des dépenses de santé 10 fois inférieures à la moyenne mondiale, une espérance de vie inférieure de 14 ans à la moyenne mondiale pour un subsaharien et deux fois plus de risques de mourir à la naissance. Faute de choix, des milliers de patients se font soigner à l’étranger, occasionnant des sorties de devises massives. Face à cette situation dramatique, que faire ? Quelques pistes de réflexion peuvent être esquissées.

Premièrement, il faut de l’argent et de la méthode. Un nombre -encore restreint- d’États africains a fait des efforts conséquents pour atteindre l’objectif fixé à Abuja en 2001 (15% des dépenses publiques alloués à la santé). Les dépenses publiques par habitant sont passées de 70 à 160 dollars en quinze ans, et des systèmes de couverture santé ont été déployés avec succès, comme au Rwanda.

Dépenses à la charge des familles

Ces montants demeurent néanmoins dérisoires, vu le renchérissement des soins de santé -soigner un cancer coûte plusieurs milliers de dollars-. La majorité des dépenses demeure encore à la charge des familles, impliquant une grande inégalité dans l’accès aux soins. Au Niger et au Tchad, comme au Maroc, 63% des dépenses de santé sont privées (une proportion inverse à celle de la Suisse), et la majorité des patients atteints de maladies graves ne peuvent se soigner, faute de moyens.

Par ailleurs, les ressources ne sont pas nécessairement allouées de façon optimale : la récente visite d’un pôle hospitalier financé par la Chine au Sahel et construit en dépit du bon sens (inadaptation au climat, matériel inadéquat) montre les limites de certains grands projets de santé publique. A contrario, l’Ethiopie montre qu’il est possible de mettre en place des politiques de santé publique efficaces, grâce à des plans quinquennaux précis, malgré le contexte budgétaire très contraint. La mortalité des enfants de moins de cinq ans y a été divisée par cinq en 6 ans (à un niveau qui reste élevé).

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