4 mars 2016 nexizeteam

Santé en Afrique : le financement, nerf de la guerre !

Des efforts d’investissement à travers la formule du PPP à privilégier et une application effective des modalités de l’aide au développement : les recommandations du 3e round du forum Afrisanté

La santé n’a pas de prix, mais elle a un coût. Un résumé des deux grandes idées véhiculées lors du 3e  forum Afrisanté, tenu à Marrakech les 25 et 26 février.

Les  participants, venus de 28 pays, ont été conviés pour échanger leurs bonnes pratiques, pour à terme trouver des ébauches de solutions au renforcement des systèmes de santé.  C’est que l’Afrique demeure largement en retard en matière d’accès aux soins, de qualité, de structures de soins (1% des dépenses de santé face à 12% dans le reste du monde). D’emblée, le professeur Jaafar Heikel, doyen de la faculté des sciences et de la santé  à l’Université Internationale de Casablanca, plante le décor: «Les faibles niveaux d’investissement ont occasionné une grande faiblesse des systèmes de santé nationaux sur le continent».  A chaque pays ses réalités. Certains et malgré les ressources limitées font des progrès encourageants vers la réalisation des OMD (Objectifs du Millénaire pour le Développement) de la santé. Cinq pays du continent sont en passe d’atteindre cet objectif comme le Botswana, l’Egypte, l’Erythrée, le Malawi et le Maroc. En Afrique subsaharienne en revanche, les indicateurs sont catastrophiques et les chiffres en disent  bien plus que les discours. D’abord, l’espérance de vie, 47 ans, est la plus faible au monde. Autre indicateur aussi important, le nombre de décès maternels qui est de 49% dans cette même partie du continent. A ce déficit s’ajoutent les conséquences désastreuses des conflits et guerres.

Décision courageuse

Le cas de la République Centre Africaine (RCA) a aussi été exposé par sa ministre de la Santé, Marguerite Samba Maliavo. «Les récurrentes militaro-politiques dont le paroxysme a été atteint en décembre 2012 en RCA ont profondément affecté et déréglé le système de santé déjà fragile et détérioré davantage l’état de santé des populations». Ainsi, le pays a perdu 28% de ses formations sanitaires et 80% de son matériel roulant. Aujourd’hui, le gouvernement de transition de la RCA a pris une décision courageuse avec une stratégie proactive de mobilisation de ressources d’environ 300 millions d’euros en s’appuyant aussi sur les différentes aides reçues.  Un exemple pour les pays qui doivent relever les défis liés à leurs systèmes de santé. Samba Maliavo recommande justement une relecture et une application effective des modalités de l’aide au développement pour une meilleure appropriation nationale et plus d’impact. En effet, au cours de la dernière décennie, le total net de l’aide publique au développement fournie par les pays de l’OCDE/CAD a augmenté avec 121,5 milliards de dollars, rappelle Heikel. Pour la seule année 2008, le montant net de l’aide publique au développement bilatérale fournie aux pays d’Afrique subsaharienne était de 22,5 milliards de dollars. Mais il est presque illusoire de croire que les Etats continueront à financer à eux seuls la santé. Au Gabon par exemple, la réflexion sur d’autres sources de financement de la santé a démarré en 2002 et a abouti en 2007 à  la création de la Caisse nationale d’assurance maladie et de garantie sociale (CNAMGS) qui gère également le régime obligatoire d’assurance maladie, indique Félix Ndong-Obiang, secrétaire général du ministère gabonais de  la Santé, de la Prévoyance sociale et de la Solidarité nationale. Ses sources de financement proviennent des cotisations sociales, de la redevance obligatoire à l’assurance maladie, de la subvention de l’Etat, des dons et legs. Aujourd’hui, le secteur de la santé fait appel à des montages innovants pour fournir des services de santé de qualité à des prix abordables.

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