14 septembre 2017 Juliette

Inégalités en Côte d’Ivoire : priorité à l’éducation

Idées pour le développement

Bien des pays d’Afrique disposant d’économies diversifiées et de pluralisme politique affichent de forts taux de croissance, comme la Côte d’Ivoire, championne avec 8,5 % attendus en 2016 et 8,3 % en 2017.

Seul problème : cette croissance n’étant pas inclusive, ses retombées tardent à changer le quotidien d’une majorité de la population, malgré l’essor des classes moyennes. Comment venir à bout des inégalités qui minent la société ivoirienne ? Pour Francis Akindès, professeur de sociologie à l’université Alassane Ouattara (Bouaké), l’éducation est l’une des priorités.

Quels sont les grands marqueurs d’inégalités en Côte d’Ivoire ?

Début février 2017, la Banque mondiale a livré les conclusions d’une étude sur la situation économique en Côte d’Ivoire, en insistant sur « le défi des compétences » auquel se trouve confrontée la politique économique.

Un indicateur frappant paraît dans ce rapport : l’espérance de vie scolaire d’un enfant, ajustée par le taux de redoublement, ne dépasse pas 7,7 ans en moyenne en Côte d’Ivoire alors qu’elle est de 9,7 années en Afrique et 12 ans dans les pays à revenu intermédiaire (PRI). En clair, un si faible niveau de scolarisation ne permet pas d’atteindre le seuil de capitalisation de l’humain, premier facteur d’une politique de croissance durable.

En outre, la différence entre le système d’enseignement public et les écoles privées fait que le premier n’est plus un ascenseur social pour les enfants des zones rurales ou issus de familles pauvres. Or, s’il devait y avoir un correcteur équitable des inégalités, c’est bien l’école. Dans le contexte ivoirien, non seulement il ne joue plus son rôle, mais il contribue plutôt à reproduire, voire à accroître les inégalités, car l’offre d’éducation de qualité se déplace de plus en plus vers le secteur privé.

Sur ce sujet, lire également sur iD4D : « L’enseignement privé : un atout pour l’Afrique subsaharienne ? », par Rohen d’Aiglepierre, chercheur associé, FERDI, CERDI et UdA.

L’école publique est de plus en plus disqualifiée en raison des multiples grèves qui ponctuent les années scolaires. Elle délivre des titres auxquels ne correspondent plus des compétences réelles. Ces qualités inégales d’offre de formation et d’éducation contribuent à l’accroissement des inégalités en Côte d’Ivoire.

L’inadéquation entre les formations et la demande sur le marché de l’emploi est-elle en débat ?

Non, justement. Chacun en parle dans sa chapelle. Mais les groupes d’acteurs (chefs d’entreprise, décideurs politiques, partenaires du système éducatif de tous les niveaux, étudiants et élèves) censés être despartenaires sur la réforme du système éducatif ivoirien ne se rencontrent pas pour en débattre. Les entreprises veulent des étudiants bien formés, mais comment faire de la qualité avec la masse ? Une réforme en profondeur s’impose, pour améliorer l’enseignement par le haut.

La Banque mondiale, dans son étude, s’est focalisée sur le primaire et le secondaire, au risque d’oublier la dimension systémique de l’éducation  : pour avoir des instituteurs compétents dans le primaire, il faut commencer par réformer le supérieur, qui forme les maîtres !

Les efforts à faire impliquent des responsables politiques qui aient une vision d’avenir et un minimum de sens de l’intérêt général. Les résultats de la croissance économique de la Côte d’Ivoire sont captés par une élite restreinte. Cette élite est regardée avec beaucoup de ressentiment et de frustrations.

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