PORTRAITS

Yaba Essien – Togo

Cela fait 9 ans que je suis sage-femme. Je travaille à la Division de la santé maternelle et infantile et de la planification familiale au Ministère de la santé.

 

Devenir sage-femme, au premier abord je ne l’ai pas voulu. Je suis arrivée dans le métier sans le savoir et une fois dedans je l’ai vraiment aimé.

Avant d’entrer au ministère j’ai exercé pendant 6 ans dans une structure sanitaire confessionnelle à l’intérieur du Togo, à Datcha, une zone reculée. Nous étions 2 sages-femmes, 1 chirurgien et des accoucheuses auxiliaires d’état et permanentes. Nous pratiquons 40 Accouchements par mois.

J’ai eu de la chance car étant dans une structure confessionnelle, le plateau technique est meilleur que dans les structure publiques. Je n’ai pas rencontré de problèmes liés aux conditions de travail, ne serait-ce que la surchage à cause du nombre insuffisant de personnel qualifié.

Mon rôle au niveau du ministère est de faciliter les formations et s’assurer que les techniques apprises par les sages-femmes sont appliquées en continu, je fais des supervisions afin de pointer des besoins d’amélioration. Pour faire évoluer notre métier de sages-femmes, nous devons continuer à faire du plaidoyer pour que les sages-femmes exercent dans un environnement où elles ont le minimum vital pour bien pratiquer. Le plateau technique notamment est primordial.

Cela ne sert à rien d’avoir les compétences et pas les moyens.

La sage-femme endosse de nombreux rôles. Dans son service, elle doit être capable d’offrir les services pour lesquels elle est appelée, soins obstétricaux et néonatals de qualité. Au sein de la communauté, la sage-femme est très respectée, elle est un modèle, elle est écoutée. Par conséquent son rôle d’information et de sensibilisation est très important. C’est pourquoi elle doit s’impliquer dans la communauté, une clé pour réduire le taux de mortalité.

Etre envoyée dans des zones reculées n’est dans la réalité jamais le souhait d’aucune sage-femme car les conditions de vie sont très difficiles, sans électricité, sans logement décents, sans Internet. Les conditions de vie et de travail ne sont pas réunies. Le plateau technique est inexistant, il faut travailler à la lueur des torches et des bougies. L’eau n’est pas toujours potable.

Le ministère est bien conscient et a montré une volonté manifeste pour faire évoluer la situation mais les moyens ne suivent pas. Il faut une action collective et multisectorielle.

Aujourd’hui, les réflexions sont toujours en cours. A l’endroit des gouvernants, je dirais qu’il faut passer des discours à l’action. On aura attendu trop longtemps.

Pour les collègues sages-femmes je les félicite pour avoir embrassé le plus beau métier du monde. Aimer le travail bien fait, se mettre au service des populations, se rendre disponible pour les femmes, les enfants, les jeunes, les adolescents, les hommes, les personnes âgées, pour toute la famille. Nous sommes les assistantes directes de Dieu.

Pourtant nous ne sommes pas épargnées par les épreuves. J’ai eu à vivre une expérience très douloureuse. Je me souviens, c’était un dimanche. Je passais visiter l’hôpital, quand l’accoucheuse de garde m’a interpellé car elle rencontrait un problème. Une maman venait d’accoucher de jumeaux et elle faisant une hémorragie de la délivrance. Mais il n’y avait plus de sang dans toute la région. Appel au chirurgien mais on n’a pas pu. J’ai donné mon sang, des collègues d’autres du servie ont donné leur sang, mais cela ne fut pas suffisant. Le chirurgien n’a rien pu faire. Malgré la prise en charge de l’urgence la femme est décédée au bloc

« C’est la Vie ! », oui je connais bien ce feuilleton. Il devrait être montré aux sages-femmes car cela fait miroir à leur vécu quotidien or parfois quand nous sommes le nez dedans, on ne voit plus. Cette série devrait nous aider à nous améliorer. A vivre et agir comme Assitan.

 

Propos recueillis par Nathalie Lam lors du congrès des sages-femmes à Ouagadougou le 22 novembre 2016, congrès organisé dans le cadre du 14è congrès de la SAGO (du 21 au 24 novembre 2016).

Crédit photos : ©Sophie Garcia / UNICEF