Docteur Diallo, gynécologue obstétricien et Zenaba- Tchad

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« Zenaba, histoire d’une miraculée »

Au fur et à mesure que nous parcourons les salles et couloirs de la maternité de Mongo (Région du Guéra), nous nous rendons compte que les installations se sont améliorées depuis 2012, année de l’arrivée du Dr Diallo. Pendant la visite, le docteur nous confie que quand il est arrivé à l’Hôpital Régional de Mongo « la maternité ne disposait pas d’eau courante ». « Peu à peu, l’unité a acquis des infrastructures et formé du personnel pour mieux accompagner les patients », ajoute Mamadou Bobo Diallo, volontaire d’une agence des Nations Unies et responsable de la maternité depuis 2012.

Pendant qu’il se prépare pour un accouchement de plus – gants, masque et blouse, le docteur partage avec nous les raisons qui l’ont amené à suivre la carrière de médecin gynécologue. Originaire de Guinée Conakry il a étudié la médecine pour réaliser le rêve de son père et a ensuite choisi sa spécialité après avoir écouté le récit de sa mère sur son histoire familiale. Sa grand-mère maternelle a eu 6 filles et est décédée en mettant au monde un fils, seul garçon de la famille.

Diallo_7« J’ai décidé d’étudier la gynécologie pour sauver des mères », ajoute le Dr Diallo, qui aujourd’hui exerce dans un pays (Tchad) où « la mortalité maternelle est la plus élevée au monde » (près d’1 femme sur 100 en 2014).

Nous continuons la discussion dans une salle d’attente pleine de femmes et d’enfants, où le médecin attire notre attention sur le fait que cela n’a pas toujours été ainsi – « En 2012, nous n’arrivions pas à 30 accouchements par mois. Aujourd’hui, nous en faisons entre 100 à 120. Il y a donc eu une nette amélioration de l’accueil, de la fréquentation et de la qualité des soins ».

Dr Diallo poursuit, expliquant que bien que l’on ait enregistré des améliorations significatives ces dernières années, « le défi est énorme et le chemin encore long » étant donné qu’actuellement, près de 80 % des femmes dans cette région accouchent chez elles. L’objectif est d’inverser la tendance et d’amener au moins 8 femmes sur 10 à accoucher dans un centre équipé.

Une tâche qui se révèle difficile dans cette région rurale du pays car les «facteurs socioculturels affectent particulièrement les femmes : mariages précoces, avortements provoqués, traditions telles que l’acceptation de la douleur et les accouchements à domicile, parfois fatals», précise le docteur pendant notre long voyage jusqu’à Idbo.

Réunion de travail avec le Dr Diallo et son équipe, Maternité de Mongo


Réunion de travail avec le Dr Diallo et son équipe, Maternité de Mongo

Non pas que la distance soit très grande (90 km) mais les chemins de terre battue nous obligent à suivre un rythme lent. C’est pendant ce voyage que le gynécologue nous présente Zenaba : « l’histoire qui m’a le plus marqué s’est passée en 2012 ». Le Dr Diallo parle lentement, comme s’il devait à nouveau sauver d’une mort certaine l’héroïne de l’histoire, hospitalisée après un long et tumultueux « parcours du combattant ».

Nous sommes enfin arrivés à Idbo, un village au sud du Sahel, où les maisons sont construites en argile avec des toits de paille, matériaux abondants dans la région. Nous allons jusque chez Zenaba, qui nous attend assise sur un beau tapis fait main, étendu à l’entrée.

Zenaba s’est mariée à 14 ans et est devenue mère pour la première fois l’année suivante. Elle a eu huit enfants, en tout, mais elle n’en a plus que six.

Lors de sa dernière grossesse, se sentant mal, elle s’est rendue au Centre de santé d’Idbo. Sur place, on l’a dirigée vers l’Hôpital d’Aboudeïa, dans la région voisine du Salamat, où l’on n’a pas été capable de détecter que le fœtus avait cessé d’évoluer. De fortes douleurs abdominales persistaient mais on a conseillé à Zenaba de rentrer chez elle.

À Idbo, Zenaba se rendait régulièrement au Centre de santé du village pour changer le pansement du nombril dont le pus continuait à s’écouler. Elle se doutait que quelque chose se passait avec le bébé « je ne sentais pas bouger mon bébé ». Plusieurs semaines après, Zenaba a été reçue par le responsable du Centre de santé d’Idbo – formé par l’équipe du Dr Diallo à Mongo – qui l’a dirigée vers l’hôpital régional aux bons soins du Dr Diallo. Une nouvelle fois, Zenaba et son mari sont partis à moto, cette fois vers Mongo, par des chemins de terre et des routes montagneuses de la région du Guéra.

À l’hôpital de Mongo, Zenaba a finalement été opérée par le Dr Diallo et a été hospitalisée jusqu’à son complet rétablissement. « Ils m’ont dit que mon bébé était mort et que le fœtus était pourri. J’y suis restée 40 jours », explique Zenaba.

À la maternité, on lui a annoncé qu’elle ne pourrait plus avoir d’enfants, mais aujourd’hui – trois ans après l’opération – Zenaba dit se sentir « très, très bien ». Souriante et les yeux rivés sur le Dr Diallo, Zenaba ajoute : « Mille fois merci au docteur de Mongo qui m’a aidée ».