Au Bénin, des groupes WhatsApp pour aider à poser des diagnostics médicaux

18 décembre 2019
Posted in Afrique, Santé
18 décembre 2019 Juliette

Le Monde Afrique

L’Afrique au défi de la santé infantile (4). Des groupes de discussions entre professionnels permettent de réduire la mortalité dans un pays où 38 000 enfants meurent chaque année avant l’âge de 5 ans.

 

Soliou Badarou tend fièrement son portable. Sur l’écran, il fait défiler les messages d’un fil WhatsApp baptisé « Sauvons nos bébés et mamans ». C’est ce spécialiste de santé maternelle et néonatale qui a lancé en novembre 2017 le groupe de discussion des deux cents praticiens. Son idée était simple : il y avait urgence à « mettre en relation les professionnels de santé pour qu’ils échangent et posent un diagnostic sur les cas les plus difficiles. Ceux sur lesquels ils ont besoin de l’avis d’un confrère ou d’un spécialiste », explique le médecin.

Car le Bénin manque de praticiens. Les 8,3 professionnels de santé pour 10 000 habitants, selon les données de l’Unicef, ne permettent pas de couvrir les besoins et laissent de vastes zones blanches. A Bohicon, une ville située à 120 km au nord de Cotonou, la capitale économique, « nous n’avons aucun pédiatre alors que quelque 15 000 accouchements sont pratiqués chaque année », déplore Blaise Guezo Mevo, médecin de santé publique à la maternité de la ville. Cette réalité que connaît Bohicon, bien d’autres parties du pays y sont aussi confrontées. Et le manque de spécialistes contribue au décès annuel de 38 000 enfants avant leur cinquième anniversaire. « Des chiffres inacceptables ! », s’indigne Soliou Badarou, qui veut déjà se concentrer sur les 12 000 bébés qui meurent avant d’avoir fêté leur première bougie. Au Bénin, la natalité est encore à 5,7 enfants par femme en âge de procréer, et atteint même 6,8 enfants dans le Donga, région du nord du pays. Ce qui explique que les services de santé ont d’énormes difficultés à offrir un encadrement suffisant.

« Second regard »

Sur le fil de la discussion WhtasApp, des cas variés sont évoqués au gré des besoins. Les photographies de blessures succèdent aux descriptions de symptômes et aux demandes de diagnostic ou de solutions, notamment pour des cas d’anémie et de paludisme sévères.

« Certains professionnels de santé peuvent se sentir démunis face à des cas particuliers. Cet outil leur facilite la vie car, via le réseau, un confrère leur apporte un second regard », détaille Soliou Badarou. Pédiatres, sages-femmes ou bien encore gynécologues échangent sur la plateforme et cela réconforte ceux qui doutent le plus. Aujourd’hui, 224 personnes font partie de la boucle « Sauvons nos bébés et mamans », dont le ministre de la santé du Bénin, par ailleurs médecin.

Les membres du réseau d’échange vivent dans 6 des 12 régions du pays parmi les moins bien dotées en praticiens. « Grâce à ce groupe, nous avons l’opportunité d’échanger avec des professionnels de santé pour poser un diagnostic, discuter ensemble des problèmes de prise en charge qui nous dépassent », avance Belynda Dagba, sage-femme au centre de santé de Koudo, une ville située au sud-ouest du pays.

Il n’a pas fallu longtemps à cette professionnelle pour se laisser convaincre de l’utilité de la plateforme. « J’ai recueilli une petite fille de 4 mois, malnutrie avec une mère malade mentale qui voulait la brûler. Quand je l’ai reçue, je ne savais pas du tout quelle démarche entreprendre. J’étais vraiment démunie et j’ai posé la question à un docteur du groupe qui m’a mis en relation avec la direction des affaires sociales de la localité », raconte-t-elle. Aujourd’hui, Belynda Dagba est fière que le bébé ait été mise en sécurité grâce au dispositif. Et les cas de ce genre sont nombreux.

Harmoniser les pratiques

Pour Saliou Badarou, l’autre avantage de ce forum de discussions est aussi d’harmoniser les pratiques. « Il y a autant de façons de faire que de praticiens, avance-t-il. On le voit toujours sur des exemples aussi simples que le choix du moment pour couper le cordon ombilical. » Le débat reste ouvert et le groupe de discussions permet échanges et retours d’expérience. Au passage, « cela permet d’offrir une formation continue à un grand nombre de professionnels », ajoute Eléonore Dah, sage-femme et cheffe du service santé de la mère et de l’enfant à Mono, dans le sud-ouest du pays.

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