21 septembre 2017 Juliette

La santé pour tous en 2030 ?

Sciences & Avenir

L’Assemblée générale de l’ONU s’est ouverte hier, 12 septembre 2017, à New York. Figure un point d’étape des 17 « objectifs du développement durable » adoptés en 2015 par l’ONU, avec la santé et le bien être pour l’ensemble de l’humanité. Un bilan doit être fait sur la lutte contre le Sida et le paludisme. Président de l’IRD, Jean-Paul Moatti précise le défi que représente cet objectif.

Sciences et Avenir : La santé pour tous, est-ce que cela signifie la même chose pour les pays du sud et du nord ?

Jean-Paul Moatti : Les 600 millions d’habitants des pays les plus pauvres gagnant moins de 1000 euros par an sont principalement touchés par les maladies infectieuses. Le sida, le paludisme et la tuberculose, les infections respiratoires et les diarrhées de l’enfant y sont responsables de plus du tiers des décès. Près de 4 décès sur 10 y touchent des enfants de moins de 15 ans, et 2 sur 10 seulement des personnes âgées de 70 ans ou plus. Au début du 21e siècle, l’épidémie de Sida dans les pays d’Afrique sub-saharienne a annulé la totalité des progrès de l’espérance de vie qui avaient pu être accomplis suite à la décolonisation depuis les années 1950. A priori, cette réalité n’a rien à voir avec la situation dans les pays développés où ce sont les maladies dites « non transmissibles  » (diabète, maladies cardio-vasculaires, cancers) qui sont majoritaires. Pourtant, nous assistons au phénomène de  » transition épidémiologique « , liés à la globalisation des modes de vie. Ces pathologies chroniques deviennent la première cause de décès partout dans le monde. En 2012, elles ont été à l’origine de 38 millions (68 %) des 56 millions de décès recensés sur la planète. Dans les pays les plus pauvres, elles représentent déjà plus du tiers des décès et plus de la moitié dans les pays à revenu intermédiaire (de 1.000 à 12.000 € par personne/an).

Traitement des crises sanitaires ponctuelles contre la construction pérenne d’un système d’accès au soin, cet apparent dilemme ne traverse-t-il pas toute l’histoire de la coopération française vis-à-vis des pays du sud?

Il existe en effet une tension qui caractérise la stratégie internationale de la France en matière de santé globale. D’un côté, l’Etat français poursuit une ambition forgée dès l’époque coloniale : l’exportation de son modèle de protection sociale égalitaire incluant la prise en charge de la santé. D’un autre, dans la tradition pastorienne et celle de notre médecine militaire, il a souvent fait le choix d’un  » verticalisme humanitaire d’État  » concentrant ses forces sur une épidémie ou une maladie transmissible spécifique. Ainsi du succès du colonel Jamot dans la lutte contre la maladie du sommeil dans le Cameroun des années 1920, ou plus près de nous, la contribution depuis les années 1970 de la recherche française (dont l’IRD, aux côtés de l’OMS) dans le contrôle de l’ l’onchocercose, maladie filaire qui est la deuxième cause de cécité d’origine infectieuse dans le monde.

Voir l’article