19 juillet 2017 Juliette

C’est aux femmes africaines de décider combien elles veulent d’enfants, quand et avec qui

Le Monde Afrique

Nicolas Meda, ministre burkinabé de la santé, est engagé dans le Partenariat de Ouagadougou, un programme ouest-africain de planification familiale lancé en 2011.

Nicolas Meda n’est pas étranger aux questions soulevées lors du sommet Family Planning 2020 de Londres, mardi 11 juillet. Médecin épidémiologiste depuis plus de vingt ans, spécialiste de la santé reproductive et de la transmission mère-enfant du virus du sida, il défend depuis longtemps le développement d’une meilleure contraception en Afrique.

Ministre de la santé du Burkina Faso depuis février 2017, il s’est fait le porte-parole du Partenariat de Ouagadougou à l’occasion du sommet. Devant un parterre de ministres du monde entier, de chefs d’entreprises, de fondations philanthropiques et d’acteurs de la société civile en faveur de la planification familiale, il a martelé que celle-ci était un droit inaliénable, qui devait s’apprendre dès l’école primaire.

Pour le Monde Afrique, il est revenu sur ce partenariat, sur la contraception et les droits des femmes en Afrique.

Qu’est-ce que le Partenariat de Ouagadougou ?

Nicolas Meda Ce sont neuf pays d’Afrique francophone, de l’Ouest et centrale : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Mali, Mauritanie, Niger, Sénégal et Togo engagés depuis 2011 pour accélérer l’agenda de la planification familiale dans cette sous-région.

Pourquoi la planification familiale est-elle importante ?

D’abord parce que c’est un droit inaliénable. C’est aux femmes de décider combien elles veulent d’enfants, quand et avec qui. Ensuite, parce que s’occuper de la contraception des femmes permet d’accélérer la forte croissance économique qui résulte d’une baisse rapide des naissances.

Nous sommes des pays pauvres, avec 50 % de population dépendante, c’est-à-dire qui ne travaille pas parce qu’elle est trop jeune, n’a pas de compétences, pas de métier, pas d’éducation et qu’elle est incapable de produire pour elle-même ou pour les autres. La planification familiale permet de réduire la croissance démographique pour avoir une population moins dépendante, et de développer le pays.

Mais, pour développer la planification familiale, il faut de l’éducation. Sans éducation, la femme ne comprend pas les messages. Moins de 30 % de femmes vont à l’école ou sont éduquées. Ce manque d’éducation provoque une forte pauvreté féminine. C’est pourquoi il faut une éducation et une autonomisation des femmes.

Eduquée et autonome, la femme décide par elle-même et pour elle-même de s’engager dans une planification familiale. Nous travaillons aussi avec ce qu’on appelle l’Ecole des maris, pour faire comprendre aux hommes les intérêts de la planification, et les intégrer au processus.

Quel est l’intérêt de travailler à neuf pays ?

D’abord, c’est la noblesse de la cause. Si vous êtes seul, votre cause n’est pas primordiale, mais quand vous êtes neuf, c’est que tout le monde a conscience que c’est une priorité.

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